TOUR DU MONDE DE L’HABITAT VU PAR LA SOCIÉTÉ CIVILE

Accaparement des terres

Dernière mise à jour le 11 août 2016

L’expression “accaparement de terres” (de l’anglais land grabbing – to grab : saisir, empoigner) a ré-émergé sur la scène internationale dans le contexte de la flambée mondiale des prix alimentaires en 2007-2008. L’accaparement de terres, aujourd’hui, a un sens politique. Il signifie l’accaparement du pouvoir de contrôler la terre ET les autres ressources associées telles que l’eau, les minéraux ou les forêts, afin de contrôler le bénéfice lié à leur utilisation. Enfin, l’accaparement peut être virtuel ou réel : réel s’il s’agit de prendre la terre pour sa valeur immédiate ; virtuelle si cet accaparement cache un objectif second d’appropriation de subventions, de crédit bancaire, de valeur spéculative. (4) (5)

Au cours des dernières années de vastes étendues de terres agricoles ont été pris en charge par des entreprises étrangères. La plupart de ces terres sont situées dans les pays africains. Un accroissement rapide de la population souffrant de la faim et la sous-alimentation c’est développé. Ces terres ont été saisies sans tenir compte de la population. Cet accaparement a suscité des débats dans les médias, dans les institutions de développement, dans les organisations de l’ONU et la société civile.

Selon une récente étude d’OXFAM (2012), il y a lieu de tirer une nouvelle fois la sonnette d’alarme concernant ce phénomène majeure : « Dans les pays pauvres, les investisseurs achètent une superficie équivalant à celle de Londres tous les six jours ». Laurent Delcourt du CETRI rappelle que ce phénomène, bien que mondial, touche principalement le continent africain : “le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il touche principalement l’Afrique. Plus de la moitié – près de 60 % – des terres ayant changé de main au profit d’investisseurs étrangers se trouverait en effet sur le continent. Principales cibles des investisseurs, le Soudan, l’Éthiopie, la RDC, le Cameroun et l’Angola, mais aussi des petits pays à la démographie galopante tels la Sierra Léone et le Liberia.” (1)

Parmi les causes de cette nouvelle “ruée sur les terres africaines”, l’auteur cite les éléments suivant qu’il estime être un faisceau de tendances lourdes et interconnectées (faisant référence à Delcourt 2010 et Polet 2011) (1) :

  • L’expansion des monocultures d’exportation et les modes de production industrialisée et productiviste au détriment des cultures paysannes et vivrières ;
  • Les croissantes pressions démographique et commerciale sur les ressources naturelles ;
  • La monopolisation des chaînes de valeur par les grandes firmes de l’agrobusiness ;
  • La conversion aux agrocarburants ;
  • L’intégration et interconnexion toujours plus poussées des marchés, sous le régime commercial du libre échange et de la liberté totale de l’investissement,
  • etc.

Selon lui, si la hausse des prix alimentaires a été le principal élément déclencheur de ce mouvement d’acquisition de terre à grande échelle, c’est la faillite du système financier international qui a contribué à l’accélérer. La question reste dès lors : est-ce que ce phénomène peut, d’une manière ou d’une autre, être une réelle opportunité de développement, par delà les effets pervers évidents ? (1)

“L’accaparement des terres empêche l’accès à la terres pour les communautés locales, détruit les moyens de subsistance, réduit l’espace politique pour les paysans et dirige les marchés vers des intérêts agro-alimentaire de plus en plus concentré sur le commerce mondial, plutôt que de promouvoir l’agriculture paysanne durable pour les marchés locaux et nationaux ainsi que pour les générations futures», dit Sofia Monsalve, experte sur l’accès à la terre et des ressources naturelles avec FIAN International. “Il va également accélérer la destruction de l’éco-système et de la crise climatique. L’accaparement des terres viole les droits humains », conclut Sofia Monsalve. (2) (3)

Sources :

  1. Laurent Delcourt, Haro sur les terres africaines ! Décryptage d’une tendance alarmante, CETRI 2012. article fr
  2. Site HIC article eng
  3. Site Internet FIAN Rapport Kenya et Mozambique

Sites à consulter :